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la Nuit et l'Azur.

Nouvel Album disponible le 11 juin 2024 sur tous les sites de diffusion.

"De grands départs"

 

Le programme que présentent Laurine Moulin (soprano) et Sebastian Robles (composition et guitare) prolonge la tradition des récitals de mélodies françaises. Sebastian y donne à voir plusieurs facettes de ses activités d’arrangeur et de compositeur. 

Au centre, la poésie. L’accompagnement à la guitare souligne particulièrement la place primordiale du texte. De fait, cet instrument communément associé à la chanson semble se mettre comme naturellement au service des mots. 

Les textes réunis ici dévoilent un intense désir de rejoindre le lointain en même temps qu’un attachement (heureux ou non) au lieu où la voix du poète retentit. L’Horizon chimérique soupire après un ailleurs exaltant et reconnaît l’impossibilité du départ. Dans Les Chants de fleurs, Lydie Dattas recense des merveilles toute proches: ces réalités débordent toutefois jusqu’au ciel et portent des traces surnaturelles. Enfin, Anne Perrier met dans la bouche d’Ophélie des vers troublants : la jeune suicidée se soucie de la beauté du monde qu’elle quitte et confie à un autre, le rossignol, le soin de la célébrer. Ces vers évoquent le plus souvent des éléments aériens et fugaces (fleurs, flots, ciels, volatiles) en même temps que l’exaltation ou la souffrance de qui en est le témoin.

Sebastian explore ces poèmes avec attention. Ses mélodies sont plus déployées que celles de Fauré, et sa guitare, plus orchestrale que le clavier de son devancier. Il n’hésite pas à faire répéter tel ou tel mot pour signifier l’ivresse joyeuse ou l’inquiétude. Il scrute chaque expression successivement et la traduit en sons. En cela, ses mélodies évoquent pour nous les madrigaux illustratifs de Gesualdo. Cette illustration du texte ne nous semble pas seulement résulter d’une contemplation patiente et d’une volonté de traduire avec précision le poème: peut-être veut-elle aussi montrer et rendre sensible toute la valeur, toute l’attention que coûte ce minutieux processus d’intériorisation et de traduction sonore du réel. 

De ce récital, que deux pièces instrumentales magnifiant les possibilités de la guitare contemporaine viennent compléter, on garde le souvenir d’un voyage complet, généreux  et profondément amical : on y chante d’humbles et tragiques existences, toute proches de nous et qui participent, non sans douleur, de la splendeur de la Création. 

 

Didier Bonvin
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