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La Nuit et l'Azur

Un album musical en cinq parties de Sebastian Robles et Laurine Moulin
Partie 1 : Les Chansons d'Ophélie

Poésie d'Anne Perrier

 

I.

J’appelle, à moi le chant

Que le siècle blesse à mourir

Goutte à goutte je le recueille

Mais pour qui

Deuil et désir

J’erre parmi les noirs étangs

Ébloui

De si peu même du cri

Rauque de la grenouille

II.

Toi rossignol de mon triste été

Prends possession de cette terre

Que je vais quitter

Dis à la rose et à l’ombellifère

Qu’elles seront les plus fortes

Rends grâce pour l’absente

À la glorieuse lumière

Vis et chante

Lorsque je serai morte

III.

Le jour se tait dans les roselières

Le temps clapote j’erre

Autour de mon bel adieu

Un oiseau pâle aux cieux

Hâte son vol

Sur les eaux noires les lucioles

Mettent la mort à feu

Partie 2 : Fantaisie sur la berceuse d'un vent nocturne
 

Cinq variations qui racontent l’existence plongée dans l’obscurité de la nuit, une vie menée les yeux fermés, une vie de solitude et de silence, fidèle et pleine de foi, une vie d’espérance, qui ne s’inquiète pas du terme où cette existence aboutira ;

 

Une cadence qui représente l'apaisement des tourments diurnes, le relâchement des désirs terrestres, la venue du règne de la paix ;

 

Et une fugue qui représente la fuite nocturne permettant de vivre, dans la liberté, l’aventure la plus fantastique qui soit : se laisser mener, dans une douceur lumineuse, par celui qui nous aime jusqu’au don total de lui-même. 

Partie 3 : L'Horizon Chimérique (1921)

Poésie de Jean de la Ville de Mirmont
Musique de Gabriel Fauré

 

I. La mer est infinie

La mer est infinie et mes rêves sont fous.

La mer chante au soleil en battant les falaises

Et mes rêves légers ne se sentent plus d'aise

De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.

 

Le vaste mouvement des vagues les emporte,

La brise les agite et les roule en ses plis ;

Jouant dans le sillage, ils feront une escorte

Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.

 

Ivres d'air et de sel et brûlés par l'écume

De la mer qui console et qui lave des pleurs

Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;

Les goélands perdus les prendront pour des leurs.

II. Je me suis embarqué

Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse

Et roule bord sur bord et tangue et se balance.

Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;

Les vagues souples m'ont appris d'autres cadences

Plus belles que le rythme las des chants humains.

 

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?

Mes frères, j'ai souffert sur tous vos continents.

Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent

Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

 

Hors du port qui n'est plus qu'une image effacée,

Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.

Je ne me souviens pas de mes derniers adieux...

Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ?​

 

III. Diane, Séléné

Diane, Séléné, lune de beau métal,

Qui reflète vers nous, par ta face déserte,

Dans l'immortel ennui du calme sidéral,

Le regret d'un soleil dont nous pleurons la perte.

 

Ô lune, je t'en veux de ta limpidité

Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,

Et mon cœur, toujours las et toujours agité,

Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

IV. Vaisseaux, nous vous aurons aimés

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;

Le dernier de vous tous est parti sur la mer.

Le couchant emporta tant de voiles ouvertes

Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

 

La mer vous a rendus à votre destinée,

Au-delà du rivage où s'arrêtent nos pas.

Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;

Il vous faut des lointains que je ne connais pas

 

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.

Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d'effroi,

Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,

Car j'ai de grands départs inassouvis en moi.

Partie 4 : Fantaisie sur la mélopée d'un soleil plombé
 

Un miroir symbolique de la Fantaisie sur la berceuse d'un vent nocturne.

Cinq variations. Entre chaque se trouve une mélodie simple et vite mémorisée qui ne développe jamais. On souhaiterait qu'elle nous emmène quelque part, mais elle reste immobile : elle est le produit connu et banal du monde diurne. Même la cadence finale, harmonisée, ne la transfigure pas vraiment. Cette pièce-ci finit sans fugue, c’est-à-dire sans fuite libératrice. Au contraire,  elle se termine avec la même mélodie, mais cette dernière semble obscurcie par une harmonisation qui ne correspond pas à son mode.

 

Ceux qui habitent la chaleur brillante du jour finissent en confusion, tandis que ceux qui habitent la noirceur étourdissante de la nuit atteignent la liberté et la douceur de la Vie.

Partie 5 : Chants de Fleurs

Poésie de Lydie Dattas

 

I. Le ciel et l'âme

Les anges ont mis le ciel dans les jacinthes bleues,

le règne de l’azur dans les jacinthes bleues,

et le bleu de l’azur qui n’a jamais menti,

et ces bleuets trempés dans le terrible azur.

Les iris bleus buvaient le sombre azur de l’âme,

la pointe des iris trempée dans le ciel pâle.

Le jasmin m’implorait de lui donner une âme :

Comment refuserais-je mon âme au jasmin blanc ?​

 

II. Route des roses 

Ma route était bordée uniquement de roses.

Mon cœur désespérait de rejoindre l’aurore.

Les roses étaient vêtues simplement de rosée.

Mon coeur était brisé par le parfum des roses

et mes yeux détachant une à une leurs larmes.

L’aurore souriait de notre désespoir :

le jour ne saura rien de notre désespoir.

 

III. Lumière de la nuit

La lumière est restée quand la nuit est venue.

La nuit avait gardé le parfum de l’aurore,

la violette prêtait sa douceur à la nuit

et la jacinthe bleue ne vivait que pour moi

dans la nuit éclairée seulement par le coeur

puisque mon cœur exulte autant qu’il désespère.

Et je ne sentais plus les anges près de moi

heureuse d’être vue uniquement de Dieu.

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